Vendredi 29 janvier 2010 5 29 /01 /Jan /2010 15:19


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Le Rouge est mis est un film de Gilles Grangier réalisé en 1957, avec Lino Ventura et Jean Gabin.

Louis (Jean Gabin), sous des apparences de garagiste, est en fait un dangereux gangster.
Son frère Pierre (Marcel Bozzuffi) le surprend en train de préparer un coup avec son associé Pépito le gitan (Lino rouge-est-mis-1957-01-g.jpgVentura).
A la suite d'un hold-up raté, Pierre est arrêté. Pépito croit à une trahison de celui-ci et est bien décidé à se venger.

Ce film est une adaptation du roman d'Auguste Le Breton, dont les oeuvres ont souvent été transposées au cinéma: Razzia sur la chnouf, Le Clan des siciliens, etc.
Il réunit deux monstres du cinéma: Gabin et Ventura, et quelques excellents seconds rôles: Jean-Pierre Mocky, Paul Frankeur et Annie Girardot.
Ce n'est ni la première ni la dernière collaboration entre Gabin et Ventura, puisqu'il y a eu également Touchez pas au grisbi (1953), Razzia sur la chnouf (1955), Crime et châtiment (1956), ou Le Clan des siciliens (1969).
Mais de tous ces films, c'est peut-être "Le Rouge est mis" qui est le moins souvent diffusé.

Le Rouge est mis est un film sombre, digne du roman édité dans la collection "Séries noires" dont il est tiré.
Ce n'est pas le meilleur Gabin/Ventura, mais ça reste très plaisant à regarder malgré tout.
Ventura est surprenant de bestialité, dans son rôle de truand impulsif et sanguin.
C'est un bon petit polar français, avec gangsters, voitures, règlements de comptes et suspense.
La participation au scénario de Michel Audiard vient ajouter une petite touche bienvenue de gouaille parisienne.
La collaboration de ces deux monstres du cinéma fonctionne donc assez bien et accouche d'un film plutôt réussi.

Voici la critique de Michel Marmin, journaliste spécialisé dans le cinéma:

Un solide scénario tiré d'un roman d'Auguste Le Breton, des dialogues percutants de Michel Audiard, un Jean Gabin impérial flanqué de Lino Ventura et de Paul Frankeur, tous les ingrédients sont réunis pour faire un bon film noir à la française. C'est d'ailleurs ici le cas, même si le consciencieux Gilles Grangier n'a sans doute pas l'envergure d'un Jacques Becker ou d'un Jean-Pierre Melville. [...]Les nostalgiques des années cinquante auront plaisir à retrouver, dans Le rouge est mis, les décors, les lumières nocturnes et les silhouettes féminines d'un Paris révolu.

Note: 14/20


Pour une fois, pas de bande-annonce, mais un entretien de Gabin et Audiard sur Lino Ventura...



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Vendredi 22 janvier 2010 5 22 /01 /Jan /2010 13:55


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Le Train sifflera trois fois est un western réalisé par Fred Zinnermann en 1952, avec Gary Cooper et Grace Kelly.

Will Kane (Gary Cooper) est un homme heureux.
Sheriff tout juste marié, il s'apprête à prendre sa retraite le soir même et à convoler en justes noces.
Mais la rumeur enfle: Frank Miller (Ian MacDonald), un bandit qu'il a mis en prison il y a plusieurs années, arrive par le train de midi pour se venger. Il est accompagné de trois complices.
Malgré les supplications de sa femme (Grace Kelly), Will décide de l'attendre et tente de recruter des hommes pour le seconder. Mais peu à peu, tout le monde finit par se dérober.
Will sait que lorsque le train sifflera trois fois, annoncant l'arrivée de Frank Miller, il sera seul à se battre contre les quatre hommes.HighNoon2.jpg

Construit comme un huis clos au sein d'une petite ville, Le Train sifflera trois fois propose une intrigue en temps réel, augmentant ainsi l'intensité du combat final. Les premières images montrent une pendule indiquant 10h30; tout concourt à faire augmenter graduellement l'inquiétude du spectateur jusqu'à l'arrivée du train à midi.
Le Train sifflera trois fois a été réalisé quelques années après La Chevauchée fantastique de John Ford, mais bien avant la majeure partie des références actuelles (Le bon, la brute et le truand, Rio Bravo, Les Sept mercenaires, Il était une fois dans l'Ouest, etc.)
Voilà l'un des films qui a fait la légende de Gary Cooper, tout comme Rio Bravo fit celle de John Wayne un peu plus tard.

Lorsque Romain Gary écrivit "Adieu Gary Cooper", il ne faisait pas particulièrement référence à l'acteur (ce n'est pas du tout une biographie), mais à une constatation d'époque : le héros sans peur et sans reproche incarné par le cinéma américain -et plus particulièrement par Gary Cooper dans ses westerns- n'existe plus.

Le Train sifflera trois fois est beaucoup plus introspectif que la plupart des westerns classiques. Pas de chevauchées, de poursuites à cheval, de bagarres d'ivrognes. Seule la scène finale déroule les canons habituels des scènes de western. Pour le reste, c'est plutôt calme, lent et posé.
Et bien exécuté: on ne s'y ennuie pas une seconde car il n'y a aucun temps mort. L'intensité dramatique est graduellement développée jusqu'à son paroxysme: les fameux trois coups de sifflet du train de midi.
Zinnerman dévoile un héros plus humain et consistant, qui doute et s'interroge; un héros moins carton-pâte que les westerns spaghettis.
Certains seront peut-être décus, mais Le Train sifflera trois fois reste une belle référence du cinéma des années 1950.


Note: 15/20





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Jeudi 14 janvier 2010 4 14 /01 /Jan /2010 15:22


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Les Enchaînés est un film d'Alfred Hitchcock avec Cary Grant et Ingrid Bergman.

Alicia (Ingrid Bergman) est la fille d'un espion nazi condamné par un tribunal américain au lendemain de la guerre.
Elle n'a jamais partagé les penchants de son père pour l'Allemagne, mais mène une vie dépravée suite à la médiatisation de cette affaire.
Devlin (Cary Grant), agent secret américain, lui propose de travailler pour les Etats-Unis afin de réhabiliter son nom et de redonner de l'ordre à sa vie.
Alicia accepte la mission d'infiltrer une bande d'anciens nazis. Pour cela, elle se rapproche de Sebastian (Claude Rains), un ami de son père dont la maison est le point de ralliement de ces nazis.
Alicia et Devlin tombent amoureux, mais ce dernier, trop occupé par sa mission, ne semble pas s'en rendre compte.
Lorsque Sebastian demande à Alicia de l'épouser, celle-ci accepte en espérant que Devlin l'en empêchera.

La scène du baiser entre Cary Grant et Ingrid Bergman est bizarrement entrecoupée de dialogues. 18845307-r 760 x-f jpg-q x-20070907 051537
En fait, la censure de l'époque minutait littéralement les scènes jugées trop osées. Pour ne pas en pâtir, Hitchcock a inséré plusieurs échanges de dialogues afin de "remettre le compteur à zéro" et rallonger la durée du baiser.
Le photographe du plateau est Robert Capa, photographe-reporter de guerre légendaire, et qui eut une liaison avec Ingrid Bergman durant la Seconde guerre mondiale.
Ce film a fait l'objet d'une adaptation radiophonique, avec Orson Welles dans le rôle du narrateur.
Comme toujours ou presque, Hitchcock apparaît dans son film, à l'occasion de la réception donnée par Sebastian dans le film.
Anecdote amusante livrée par Hitchcock à propos de la différence de taille entre Ingrid Bergman et Claude Rains:
"C'était un bon couple, mais, dans les plans rapprochés, la différence de taille était si forte que, si on voulait les voir tous les deux dans le cadre, il fallait monter Claude Rains sur des cales. A un certain moment, on les voyait tous deux arriver de loin, et comme ils se rapprochaient de nous à la faveur d'un panoramique, il était impossible de faire monter Claude Rains brusquement sur une cale; il a donc fallu construire un espéce de faux plancher qui s'élevait progressivement."

Les Enchaînés est l'un des meilleurs Hitchcock.
Acteurs de renom (Cary Grant/Ingrid Bergman), tension permanente sur fond d'espionnage et de drame psychologique, photographie aussi sombre que talentueuse (merci Robert Capa!), etc.
Une vraie réussite.

Dans son entretien avec Hitchcock en 1966, Truffaut déclare :

"J'étais réellement impatient d'en arriver à Notorious, car c'est vraiment celui de vos films que je préfère, en tout cas de tous vos films en noir et blanc. Notorious, c'est la quintessence de Hitchcock. Il est resté extrêmement moderne. Il contient peu de scènes et est d'une pureté magnifique ; c'est un modèle de construction de scénario. Vous avez obtenu un maximum d'effets avec un minimum d'éléments. [...] L'intrigue sentimentale est la plus simple du monde : deux hommes amoureux de la même femme... On a le sentiment de voir quelque chose d'aussi contrôlé qu'un dessin animé. La plus grande réussite de Notorious, c'est probablement qu'il atteint au comble de la stylisation et au comble de la simplicité."

 

Note: 17/20

 

(La bande-annonce est franchement mauvaise, n'en tenez pas compte car elle ne reflète pas l'ambiance du film.)

 

 


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Vendredi 8 janvier 2010 5 08 /01 /Jan /2010 15:57


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Taxi Driver a été réalisé par Martin Scorsese en 1976, avec pour acteur principal Robert de Niro.

Travis Bickle (Robert de Niro) est un vétéran du Vietnam doté d'une personnalité déséquilibrée.
Insomniaque, il devient chauffeur de taxi de nuit dans les quartiers violents de New-York.
Travis passe son temps entre son taxi et les films érotiques de vieux cinémas croulants.
Sa personnalité déviante l'empêche d'entretenir des relations normales avec une jeune femme (Cybill Shepherd) qui travaille pour un candidat à la présidentielle.
Peu à peu, il perd la tête, achète des armes, et se charge de délivrer une prostituée (Jodie Foster) des mains d'un souteneur (Harvey Keitel).taxi_driver.jpg

Le scénariste (Paul Schrader) voulait faire de ce film une adaptation moderne de l'Etranger de Camus, tirée de sa propre histoire.
On raconte que pour se préparer à son rôle, Robert de Niro aurait travaillé pendant un mois en tant que chauffeur de taxi.
De même, la scène du miroir où Robert de Niro se parle à lui-même ("Are you talking to me?") aurait été totalement improvisée par l'acteur.
Au chapitre des anecdotes amusantes, le réalisateur Martin Scorsese apparaît dans le film en client de Travis Bickle, expliquant qu'il veut tuer sa femme qui le trompe. De même, la compagne de l'époque de Robert de Niro fait une apparition en tant qu'ouvreuse d'un cinéma pornographique.
Ce film remporta la palme d'or du festival de Cannes en 1976.

Taxi driver est une vision particulière de la misère urbaine des grandes villes déshumanisées. Certaines scènes sont vraiment violentes, aussi bien dans la narration (ex: le client qui explique vouloir faire sauter le vagin de sa femme avec un Magnum 44) que dans les images à proprement parler (scène finale).
Scorsese entraîne graduellement le spectateur dans une descente aux enfers au vitriol, grâce à la vision subjective de son personnage principal, entouré de pauvreté et de haine.
Film pessimiste, noir et assez sordide, interprété avec grand talent par Robert de Niro et Jodie Foster.
Qualifier Taxi Driver de "chef-d'oeuvre absolu" lui accorde néanmoins une aura nettement surrévaluée, bien qu'il s'agisse d'un film à voir au moins une fois pour se faire une idée.

Note: 12/20




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Mercredi 23 décembre 2009 3 23 /12 /Déc /2009 15:50


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Buffet froid a été réalisé par Bertrand Blier, avec Gérard Depardieu, Bernard Blier et Jean Carmet.

Alphonse Tram (Gérard Depardieu) est un chômeur qui vit dans une tour complètement inhabitée.
Sur le quai du RER, il croise le chemin d'un quidam (Michel Serrault), qu'il retrouve assassiné peu après avec son propre couteau.
Un peu plus tard, il fait la rencontre d'un commissaire de police (Bernard Blier), d'un assassin paranoïaque (Jean Carmet), et de nombreux personnages complètement loufoques.buffetfroid.jpg

Récompensé par le César du meilleur scénario, Buffet froid n'est pas le premier coup de maître de Bertrand Blier, qui avait déjà tourné Les valseuses (1974), également avec Gérard Depardieu.
Le film est assez énigmatique, voire parfois complètement alogique. Si l'on voulait lui trouver une comparaison littéraire, on pourrait peut-être le rapprocher des oeuvres de Ionesco (la Cantatrice chauve, Rhinocéros, etc.).
Et, de fait, aucune logique ni aucun sens ne semblent prévaloir, sans pour autant que le résultat soit raté ou ennuyeux.
Ce n'est pas la première fois que Blier s'appuie sur un trio d'acteurs, puisqu'on retrouve le même principe dans Les valseuses et Préparez vos mouchoirs (1978).

Plusieurs adjectifs pourraient convenir à ce film: mordant, provocateur, cynique, etc.
Blier ne s'embarrasse d'aucune intrigue, d'aucune logique narrative. Ce qui importe, c'est cette vision du monde contemporain, froid et fataliste, qui fleure la solitude et l'incommunabilité. C'est noir, c'est caustique, c'est drôle et c'est tragique.
Avis aux dépressifs: attendez encore un peu avant de regarder Buffet froid.
Juste un mot sur la performance des comédiens: remarquable. Le trio Depardieu, Blier et Carmet fonctionne parfaitement.
On aime ou on déteste, mais c'est vraiment un OVNI du cinéma.


Note: 16,5/20





 

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