Partager l'article ! L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot (Bromberg, 2009): L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot est un documentaire réalisé par Serge Bromberg ...
L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot est un documentaire réalisé par Serge Bromberg, sur un film inachevé de Clouzot avec Romy Schneider et Serge Reggiani.
En 1964, Clouzot réunit Schneider et Reggiani autour d'un projet de film traitant du thème de la jalousie.
Le réalisateur souhaite porter ce thème jusque dans ses extrêmes, en filmant la névrose psychotique d'un homme fou amoureux de sa femme. Clouzot a dans l'idée de tourner le monde réel en noir et
blanc, et les fantasmes maladifs en couleur.
Fait rare, le film dispose d'un budget illimité et d'une liberté de mouvements exceptionnelle.
Or, ce qui pourrait passer pour un avantage va se révéler fatal. Techniciens et acteurs poussés à bout, équipes désoeuvrées en attendant les directives du réalisateur, Reggiani qui abandonne le
plateau sans préavis, etc.
Lorsque Clouzot fait un infarctus, c'est le projet entier qui s'écroule.
Serge Bromberg, le réalisateur de ce documentaire, explique qu'en 1963 la Columbia avait accordé un budget illimité à Kubrick pour son Docteur Folamour, et que les résultats étant probants, elle
avait voulu faire de même avec Clouzot.
Si le film a été un échec puisqu'il n'a jamais été fini, il faut avouer que le rendu final aurait probablement été bluffant.
Les images tournées en couleur illustrant la névrose de Reggiani sont extrêmement modernes et esthétiques.
Résultat? Une Romy Schneider toute en formes géométriques, très sexy, dans une atmosphère psychédélique assez particulière.
Ce documentaire nous apprend beaucoup de choses sur les méthodes de travail de la Clouze (surnom donné à Clouzot par Reggiani), et délivre quelques anecdotes amusantes: Clouzot, qui ne pouvait
pas encadrer Reggiani (lequel le lui rendait bien), l'aurait fait courir des heures derrière sa caméra jusqu'à épuisement total pour une simple prise de vue.
Difficile de dire si l'Enfer aurait été un bon film ou pas. Mais Bromberg nous plonge avec plaisir dans les archives de cette oeuvre, et nous permet de se faire une idée précise de ce qu'aurait
pu être le résultat final, probablement assez décoiffant.
Le documentaire suggère que l'origine de cet échec vient peut-être du manque d'encadrement financier et de contrainte temporelle de la Columbia. Avec un budget et une marge de manoeuvre
illimités, le maître du suspense à la française s'est assez vite enfoncé dans des plans techniques sans fin, dans des détails anecdotiques inutiles.
On pensait Clouzot doté d'un talent inné de réalisateur, on croyait même que tout lui était facile, mais on mesure ici à quel point ces assertions sont fausses.
S'agissant du
documentaire à proprement parler, une seule critique sur la forme: les horribles reconstitutions modernes interprétées par Gamblin et Béjo, qui arrivent à chaque fois comme un pavé dans la mare.
On s'en serait bien passé.
Sans être extraordinaire, ce documentaire ravira néanmoins les amateurs de cinéma en général, de Clouzot en particulier (Cf. Quai des Orfèvres et Le Corbeau référencés sur ce site).
Note: 13/20
Autre avis critique ici : http://lesseptembriseurs.blogspot.com/2009/11/un-tournage-en-enfer.html