Partager l'article ! Les Poupées du diable (Browning, 1936): Les Poupées du diable est un film réalisé par Tod Browni ...
Les Poupées du diable est un film réalisé par Tod Browning en 1936.
Victime d'une machination de ses associés, le banquier Paul Lavond (Lionel Barrymore) passe 17 ans au bagne. Il parvient à s'échapper en compagnie de Marcel (Henry B. Walthall), un chimiste. Tous deux se réfugient chez Malita (Rafaela Ottiano), la femme de ce dernier. Lavond découvre qu'ils ont mis au point un procédé permettant de réduire les animaux à la taille d'une poupée. Bientôt, Marcel applique son invention aux êtres humains mais meurt prématurément, usé par les fatigues du bagne. Lavond voit dans cette opportunité le moyen de se venger de ses associés. Il part vivre à Paris sous un déguisement, se fait appeler "Madame Mandelip" et ouvre une boutique de poupées. Outre l'élaboration de sa vengeance il essaie de se rapprocher de sa fille (Maureen O'Sullivan), mais doit rester caché car celle-ci l'a toujours cru coupable et ne l'aime pas.
Tod Browning est surtout connu pour avoir tourné l'excellent Freaks, la monstrueuse parade (cf sur classiquesducinema) ou Dracula, avec Bela Lugosi. Il est considéré comme l'un
des maîtres du cinéma fantastique des années 20 et 30. Il est l'auteur de plusieurs films
cultes, mêlant horreur et humour noir, ce qui lui valu d'être surnommé " l'Edgar Poe du cinéma ". Le film est l'adaptation
du roman " Brûle sorcière brûle " de Abraham Merritt. Pour l'adaptation au scénario, on trouve un certain... Erich von Stroheim, célèbre réalisateur (Folies de femmes, cf
classiquesducinema, Les Rapaces) et acteur (La Grande illusion ou Sunset Boulevard, cf classiquesducinema). Cette réalisation est l'avant-dernière de Browning. Le
producteur qui le soutenait à la MGM mourut peu après, le laissant sans soutien financier. Browning réalisa alors Miracles for sale puis "prit sa retraite".
En 1936, il n'était pas toujours aisé de créer des effets spéciaux qui fassent illusion. Dans le film, les victimes sont réduites à la taille d'une poupée. Browning demanda à la production de lui construire des décors gigantesques dans lesquels pouvaient évoluer ses acteurs tout en laissant croire qu'ils avaient été réduits. L'acteur principal, Lionel Barrymore, n'est autre que le grand-oncle de Drew Barrymore. Avec ce film, c'est sa quatrième collaboration à un film de Tod Browning. Quant à Maureen O'Sullivan, elle connut la gloire grâce à son rôle de Jane auprès de Tarzan à sept reprises entre 1932 et 1942. Même si le thème des homoncules et des poupées vivantes a déjà été illustré précédemment à l'écran, le film de Tod Browning constitue sans doute le premier long-métrage centré sur le sujet.
Réalisé 4 ans après Freaks, Les Poupées du diable est un film plutôt rare du
grand Tod Browning, qu'on pourrait
apparenter à son chant du cygne. Par la suite, plus rien ou presque (Miracles for sale, 1939). Après avoir filmé les monstres de foire (Freaks), les vampires
(Dracula), ou les auto-mutilés (L'Inconnu), Browning s'attaque ici aux homoncules en se penchant sur la science-fiction lilliputienne.
Dans cette réalisation épaulée par Erich von Stroheim, on passe en un clin d’œil du thriller (l’évasion dans les marais, puis l’enquête parisienne) à l’épouvante à la Franju (le
laboratoire-chenil des deux savants fêlés, cf Les yeux sans visage). De fait, Browning opère un savant mélange des genres dans une atmosphère de poésie ténébreuse, quasi irréelle. C'est
une réussite, même si on regrette que certaines sous-intrigues sentimentales prennent le pas sur l'aspect purement fantastique et horrifique du récit. Mais même dans ces petits
travers Browning maîtrise sa copie: Lionel Barrymore nous fait passer du sourire à l'émotion, et la scène finale, sobre, est d'une belle tendresse. Les effets spéciaux sont
réalistes pour l'époque et les moyens employés étonnants, puisque Browning fit appel à des décors gigantesques pour y faire évoluer ses acteurs-lilliputiens. L'ensemble présente donc une certaine
cohérence dont on ne s'encombrait pas toujours dans les années 1930. Avec cet opus, "l'Edgar Poe du cinéma" prouve qu'il ne connaît pas
d’équivalent comme cinéaste de la monstruosité. Ses Poupées du diable, sans être le meilleur Browning, reste néanmoins une assez belle réussite.
A voir, fatalement.
Note: 15/20
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